“Nos jours heureux” de Gong Ji-Young

 

« Nos jours heureux » est l’un des premiers livres de littérature coréenne que j’ai lu. Et je peux vous certifier qu’il m’a emporté dans un très beau monde. Un monde à la fois poétique, dépressif, enclavé par son histoire et plein de bonne volonté. Je me demande d’ailleurs pourquoi cette littérature n’est pas plus réputée que ça en France. La littérature asiatique, en général, apporte un tel changement à nos mœurs habituelles. Mais je trouve cela encore plus marqué avec la Corée du Sud. Il faut dire que l’histoire du pays, passée ou actuelle, s’y prête considérablement car il est en perpétuel changement, en perpétuelle évolution.

« Yujeong a le cœur en miettes lorsque sa tante Monica, qui est religieuse, l’emmène à la Maison d’arrêt de Séoul visiter un condamné à mort. Rien ne semble pouvoir rapprocher une jeune désespérée de bonne famille d’un triple meurtrier, et pourtant… Au fur et à mesure de leurs rencontres, ils vont se raconter avec sincérité leurs « vraies histoires », affronter les ténèbres et découvrir les lumières éblouissantes au sein de ces ténèbres, réparer leurs âmes meurtries. »

L’auteure Gong Ji-Young

Gong Ji-Young, l’auteur de cet ouvrage, fait partie de la nouvelle vague d’auteurs en Corée du Sud et révolutionne le genre au côté de voix émergeantes à la fin des années 80 et tout au long des années 90. Considérée comme féministe, ses romans traitent toujours de la condition de la femme suite aux mouvements pour la démocratie en Corée du Sud. Société encore et toujours patriarcale. Grande voix luttant pour la parité, elle mène maintenant son combat pour reconnaître le droit aux handicapés. Ce qui lui a valu des démêlés avec le Grand Parti National au début de la décennie.

Autant le dire tout de suite, Gong Ji-Young est une auteure qui impose le respect. Elle sait faire véhiculer ses idées et essaie de faire bouger les choses à sa façon. Une femme forte qui mérite qu’on s’intéresse à son travail. Surtout s’il est aussi bon ! Dommage qu’elle ne soit pas si connue en France, nous aurions bien besoin de s’en inspirer…

Le livre “Nos jours heureux”

Dans « Nos jours heureux » nous suivons l’histoire de deux personnages : un homme et une femme que tout oppose : la condition sociale entre autres. Yujeong, jeune fille de bonne famille, vient d’essayer de se suicider. Et plutôt que de commencer un suivi psychologique, elle va être prise en charge par sa tante, une religieuse, qui va l’emmener avec elle dans un centre de détention. C’est ainsi qu’elle fait la rencontre de Yunsu, un condamné à mort pour triple homicide.

Leurs rencontres vont être le pilier du roman. Les personnages vont se découvrir petit à petit. D’abord, les rapports sont froids, distants, sans saveur. Mais ils vont finir par devenir de vrais moments de bonheur partagés où chacun essaie d’en apprendre plus sur l’autre. Des moments qui vont les faire réfléchir à leurs vies et à leurs actes.

En parallèle, nous découvrons le « cahier bleu ». Une sorte de journal tenu par Yunsu. Les passages de son cahier nous permettent d’appréhender toute la profondeur du personnage. Et surtout de comprendre le « lui » d’aujourd’hui. A travers ces pages, nous vivons également la vie d’Eunsu, son petit frère. C’est ce personnage, un peu fantôme, qui permet à Gong Ji Young de parler des sujets qui lui tiennent à cœur : les exclus de la société et les handicapés. Parce que le jeune Eunsu est devenu aveugle sous les coups de la violence paternelle.

C’est toutes ses histoires s’imbriquant les unes aux autres qui nous permettent d’avancer jusqu’au dénouement final. Loin d’être une « happy end ». Ici, le bonheur ne s’entraperçoit que rapidement et les dures lois de la vie sont omniprésentes. Malgré tout, ce roman est une ode au pardon et à la rédemption des âmes torturées. L’œuvre, d’une écriture franche et fine, pousse à la réflexion sur divers sujets d’actualité. Et interroge surtout sur la peine de mort, qui n’a toujours pas été abolie en Corée du Sud. Jusqu’à quel point l’amour peut-il réparer un cœur brisé ?

Vous pouvez retrouver “Nos jours heureux” de Gong Ji-Young au format poche chez les Editions Philippe Picquier

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